ZABOR - Kamel Daoud

Voici venir le temps des lignes. Des calligrames et des flammes d'encre, posées à même le sol de nos terres, si lointaines. Kamel Daoud combat le temps, le mal, la mort, les solitudes. Kamel Daoud est notre super Héros de la rentrée littéraire. Il nous claque à l'oreille ses langueurs psalmodiées dans les mains d'un enfant. Le jeune Zabor donc. Paumé de nulle part, d'orphelin à reclus, aux portes du désert avec pour seul compagnie quelques volumes. Et Zabor découvre un secret : quand il écrit, il repousse la fin. La toute fin qu'il effraie et qui l'empêcherait, justement, d'écrire. La mort, elle même, sableuse et pauvre, sacrée dans l'écriture et sale dans la confidence.
Zabor n'est pas à proprement parler un roman. Il objecte l'histoire parce que le vrai sujet est la narration. Et cette offrande faite aux écritures sacrées, de les prendre par les oreilles et de les retourner coté velours pour ce qu'elles sont, des montagnes de bravoure calligraphiques. Kamel Daoud réussit l'étourdissant prodige de nous éblouir de très peu : ainsi en va-il de ce long texte poétique, en parabole perpétuelle qui semble méler le sang et l'encre en diverses alternances.

Voilà bien ce que nous sommes, ces petits êtres contradictoires : nous hurlons contre la profusion de ces rentrées littéraire vêtues vulgairement d'oripeaux infects et sur nos tables Zabor arrive, comme muni d'un long mot d'excuse d'être de ce troupeau.